Beaux Nénés
Bonne année 2010 avec du retard. Il me fallait un événement pour poster et en cette période où on parle de Camus, la phrase suivante allait de soi.
Aujourd'hui, ma Clio est morte. Hier il est tombé plein de neige dans la nuit et les routes n'étaient pas dégagées au matin, ma voiture a su vaillamment tailler son chemin sans pneus neige, en roulant tranquillement et en s'autorisant de tout petits dérapages contrôlés. Hier encore elle était bien là, plus disponible et serviable qu'un ami, à peine plus chère à entretenir mais plus facile. Et aujourd'hui elle est morte.
Je crois que je vais être convoqué par la police pour raconter ma version des faits. En principe, il y aurait eu une plaque de verglas translucide donc indétectable à l'oeil qui aurait fait déraper mes roues de droite me "donnant suffisamment de latéral" pour me déporter dans le fossé, j'ai alors atterri par la chance qui me caractérise sur le seul bout de maçonnerie du fossé (du béton qui fait un pont par dessus un tuyau d'écoulement d'eau et de passage de petits animaux). Tout le long de la descente, le fossé est rempli — et même presque à ras bord — de neige fraîche et moelleuse où il aurait été confortable de s'échouer même s'il aurait fallu une aide pour s'en désengorger. Et moi, con, je cogne contre du dur.
Mais déjà le doute me gagne. N'est-ce pas moi tout seul qui suis allé chercher à déraper en mordant sur la neige empilée, par trop de nonchalance dans l'habituelle dextérité blasée qui caractérise ma façon de conduire ? Je me souviens plus. Il me semble avoir aussi lutté pour essayer de rattraper le dérapage, je me souviens clairement qu'une fois la voiture partait à droite puis à gauche et encore à droite. Si je m'étais planté tout de suite, j'aurais sans doute évité le mur de béton. Surtout si j'avais freiné plus, même si je suis sûr de ne pas avoir cherché à accélérer.
Ce doute est ce qui me gêne le plus maintenant. Avec la perte d'autonomie et financière aussi bien sûr. Je me souviens juste que quand j'ai compris que le choc serait brutal, quand j'ai vu que je n'arrivais plus à changer de direction et de vitesse, et que le mur grossissait de travers dans mon pare-brise, je me suis contracté mentalement en pensant "non non noooooon", mais je ne me suis même pas crispé musculairement. Vint le choc et là c'est bizarre, léger choc à la tête, comme quand on se cogne le crâne en voulant faire une roulade dans le petit bain. Bruit sec : Tac ! Le classique cognage de genoux. Pas d'accoup dans la ceinture vu que j'ai bizarrement gardé les mains sur le volant et non mis en protection devant le visage. Les airbags qui se déclenchent apparemment trop tard mais c'est sans doute calculé, mais je suis penché vers ma portière et ils ne m'auront servi à rien. Et tout de suite une odeur de fumée anxiogène. Après 1 sec mise à comprendre vers où était dirigée la gravité, à savoir : la portière conducteur où ma tête s'appuie en me tordant la nuque est le nouveau sol.
Me voyant sain et sauf, je me mets à réagir lucidement. Je coupe le contact, j'enlève ma ceinture et fais un rétablissement sur le bord où claque la porte passager, en poussant celle-ci avec ma tête. Je vois du monde arrêté, je demande si qqun a appelé les pompiers, on me répond que c'est le cas, alors je prends mon téléphone et compose le numéro de ma mère puis celui de l'HDJ. Ensuite c'est là que je fais une boulette, alors que les badauds se sont surtout arrêtés pour voir de la tôle froissée, il y a un bon samaritain qui me fait monter dans sa camionnette pour me maintenir au chaud. Ma foi un fort bon sentiment. Mais qui m'a fait perdre du temps quand je me suis dit qu'il fallait que je récupère tout ce qu'il y avait dans la voiture, ce sont les pompiers qui l'ont fait, et j'ai perdu mes 3 stylos et mon rubik's cube.
D'un point de vue mystique maintenant. Cet hiver j'ai pensé plusieurs fois à avoir un accident de voiture. Par deux fois j'ai conduit en prenant un virage à gauche tout de suite en sortant de chez moi, alors que la vitre du passager était opaque. J'ai conduit la Saxo pour aller chercher ma mère à l'aéroport et en revenir, alors que les phares étaient défectueux, j'ai conduit avec une visibilité en dessous du seuil de visibilité rouge, etc. Et aujourd'hui, premier jour depuis longtemps où les températures sont positives, alors qu'il n'y avait même pas une trace de givre sur mon pare-brise quand j'ai pris ma voiture en ce jour fatidique, alors, alors je serais victime d'une fourbe et invisible plaque de verglas ? Et ma voiture se retrouve sur le flanc gauche dans un fossé sur le côté droit ? (Je crois qu'un témoin m'a dit que c'était à cause du choc qui aurait été vraiment violent, de l'intérieur c'est sûr on sent mais on ne voit pas.) C'est... impénétrable, c'est bien ça. Et j'en retire une peur accrue de ne pas avoir le contrôle, comme en avion, et pourtant c'est bien con.
Libellés : ma vie - mon oeuvre


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